James & Cie - Les écarts

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Les écarts, Les écarts de James

Le petit Labo : Expérience #2 / Désir(s)

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Lieu commun : « Il y autant de désirs que d’êtres humains » – certes mais ça doit faire beaucoup…!

Variation : « le désir est multiple » – juste mais convenu !

Proposition : « Le désir est schéma » – Examinons-le !…

 

A l’abri des regards, comme il aime à le faire, James était retourné dans son petit laboratoire. Il était obsédé par une pensée : traiter du désir, traiter des désirs. Devant les éprouvettes de son imagination, il avait allumé des bougies pour créer cette ambiance si particulière : celle du chercheur qui observe, note, dissèque et décrit. Face à lui, les roses d’actes manqués mijotaient au cœur de quelques expériences anciennes.

Les vapeurs qui se dégageaient des décoctions l’amenèrent à écrire. Il coucha les titres d’une série de portraits.

La/le transi(e) : Peut être le moins commun de tous dans l’existence et pourtant il/elle est un sujet d’inspiration sans limite. Imaginez-vous une coque humaine où les bourgeons n’ont nul besoin d’un temps ou d’une saison spécifique pour éclore. Tel est le problème et la beauté des transis : celles et ceux qui naissent et fanent à tout instant ayant à peine eu le temps de profiter d’un jardin que l’on prend plaisir à entretenir. Un étrange personnage : un être aux émotions dévorantes qui au moindre regard voit naître les flammes d’un désir effréné sans besoin d’un déclencheur pour allumer cet immense incendie. Plus question de mesure pour lui, rien que de la démesure. Il éprouve l’enchevêtrement du bonheur et de la souffrance comme un vieux couple indémodable voué à s’enlacer et se battre dans la même pièce sans qu’aucune issue, heureuse ou malheureuse, ne soit trouvée. « Transi » un terme qui ferait frémir et qui donnerai des sueurs froides à certains calculateurs envieux qui y voient l’immobilité : une statue que le temps craquelle.

Pourtant, au sein des yeux du/de la transi(e) se dessine un mouvement constant, un désir mouvant qui transperce l’air et peine à s’exprimer dans une langue trop convenue, trop tenue, trop sage. Telle est la peinture de celle/celui qui aime, désire être aimé(e) en retour, brule de tout son être pour l’autre, se consume tout en se dévorant lui même : laissant les rongeurs du cœur grignoter jusqu’à la dernière miette. Elle/Il vous mire en silence, observe le moindre de vos gestes et y voit mille sens troublés par un flux artériel trop intense. « Transi », chez elle ou chez lui, cette personne s’assoit, heureuse ou triste, pense à vous tout en projetant mille suites qui font vivre mille fins se succédant au creux de courtes nuits sereines ou occupées par les dames d’angoisse, saupoudrant de pesticides les jeunes pétales d’un rosier vif mais délicat.

Joueur/Joueuse : une espèce de cartomancien(ne) de notre temps. Voici que se dessine la figure de celle ou de celui qui, sur sa table, regarde des cartes dissimulant quelques secrets. Toujours face à l’autre, joueur/joueuse base son désir sur l’aléatoire d’une entrevue. Un rendez-vous, un simple regard, un effleurement, le moindre signe projette cet être dans le casino du cœur où règnent les plaisirs que l’on ne maitrise pas. Il/elle entend chaque phrase prononcée puis retourne une carte de son jeu pour savoir quelle réponse donner. Sur un lancé de dès, les désirs prennent forme sur un coup de chance ou s’amenuisent si ce qui se vit dans l’instant a déjà été rencontré. Être curieux que joueur/joueuse qui fuit plusieurs schémas croisés par crainte de devenir l’un d’entre eux. Tel est la fuite du joueur/joueuse préférant les brulures des désirs sombres aux promesses d’un bonheur éternel et banal. Cependant, bien des choses font d’elle ou de lui une personne encore assoiffée : un être en quête d’un renouveau perpétuel. Comme un paquet de fils entremêlés, chaque fois qu’une tentative de dénouement se tente, celle-ci se voit remplacée par une multiplicité d’embranchements et de nœuds que l’on prend plaisir à dénouer mais dont la complexité prolonge la durée…

Joueur/joueuse, devant les cartes donnant la couleur et le ton des réponses et des actes à suivre se grise devant la somme des désirs inassouvis. Refusant l’habitude et sa logique, il/elle se condamne à la pensée que chaque matin le cœur, tel un croupier, aura redistribué et disséminé ici et là l’ensemble des désirs qui la veille faisaient semblant d’être satisfaits.

Contrôleur/Contrôleuse : Une peinture facile, un portrait qui met tout en œuvre afin de ne jamais sentir le moindre sursaut. Voilà celle ou celui qui, face à la locomotive des sentiments, devient obsessionnel (le) à l’idée de poinçonner le ticket d’autrui  en espérant que celui-ci n’atteindra jamais sa destination. Déambulant en son cœur, cet être est à l’affût du moindre mot qui pourrait briser les chaines de la bête nommée désir qu’il/elle pense avoir dompté. Refus du moindre lien, peur de l’engagement, crainte d’une quelconque responsabilité, paniqué(e) à l’idée que les désirs puissent plaire et s’installer : faire place à un monde stérile comme une chambre immaculée dont on aurait jeté la clef, telle serait sa formule.

Difficile d’éprouver la liberté face à celle ou celui dont la langue ne peut laisser le naturel s’exprimer. Personnage apeuré, il/elle a enfermé ses désirs derrière une vitre pour ne plus entendre leurs cris. Se tenant devant, il/elle colmate les fissures de ce mur de glace qui souhaite devenir avalanche : la déferlante qui ressuscitera dans la douleur celui ou celle qui porte cette peau devenue carapace ; des écailles qui ne connaissent aucune mue. Femme-Homme reptile dont le sang-froid neutralise la chaleur d’une/d’un attaché, il/elle serre les dents de peur d’être désiré(e). Fuyant les attentes de celle ou celui qui l’aime, chaque affection ressemble à une ogresse infatigable. « Désire moi ! », « aime moi ! », l’écho de ce type de harpons transperce les chairs du contrôleur ou de la contrôleuse sans jamais laisser de trace sur sa peau lisse. Face à cet être tout se brise mais tout demeure.

 

James, dont les yeux commencent à faiblir, observe ces trois portraits en se disant que ces schémas, ces types pourraient et doivent se rencontrer. Finalement, que serait la somme de nos désirs si nous décidions de nous additionner, nous soustraire ou nous diviser ? Sur cette pensée, James quitte le petit laboratoire avec l’envie d’observer encore plus d’équations qui, peut être un jour, le mèneront à quelques découvertes… à quelques solutions ?

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