Laissez moi vous présenter Les encres anonymes : un site, une page Facebook et un compte Twitter regroupant les productions d’inconnus aux stylos plumes qui fuient.

Respectant l’anonymat, je ne divulguerai aucun secret et surferai sur la vague d’informations qui échoua à mes oreilles. Elle – eux, chut ! – est née quelque part au Portugal puis arrive en France et vit en banlieue Parisienne. Vers dix ans, entre Paris et l’extérieur, elle s’intéresse à la musique et commence des études au conservatoire où elle apprend la flûte. Son goût pour les mots lui vient dès sa plus tendre enfance, puis plus tard, au lycée elle s’intéresse de plus près à la philosophie. Comme pour beaucoup d’autres : l’écriture est déclenchée aux contacts des lectures. Dans le plus grand secret, ses pensées se griffonnent sur des petits carnets. Malheureusement, un jour où son cœur senti le feu dévorant d’une rupture amoureuse, elle jeta ses mots au feu d’un barbecue : un sacrifice laissant en cendres ses premiers écrits – mais trêve de romantisme.

Le temps passe mais le désir reste : combien sommes nous à avoir tout bazarder pour se retrouver, à nouveau, face à la feuille blanche ? « Beaucoup » me direz-vous et ce fut son cas. Frénétiquement, l’encre s’agite dans sa cartouche, elle écrit sans cesse et retrouve ses textes mais différents. Comme pour la naissance du collectif James & Cie, l’anonyme à l’encre passe un cap lorsque ses proches accueillent ses textes avec plaisir. C’est ainsi que le 11 novembre 2013, Les encres anonymes deviennent disponibles sur internet.

A la question « pourquoi internet ? » celle-ci me répond « pourquoi pas ? » et à votre question – « pourquoi pas, quoi ? », chers lecteurs – je réponds que l’envie du web née d’un désir de n’être : ni une forme, ni un visage, ni un corps mais de simples récits, une langue. Des mots, toujours de mots, afin de vous offrir la liberté de vous reconnaître dans des écrits qui auraient pu être les vôtres.

En effet : comment soutenir la beauté du titre de cette initiative si l’on dévoile qui tient la plume ? Cet exercice – je suis bien placé pour le savoir – est très difficile car la tentation est grande mais parfois mieux vaut rester caché pour susciter l’envie et suggérer que ce pourrait être elle, ou lui, derrière les mots ; un juste parti-pris. Vous allez me dire : « Franchement, James, qu’est-ce qui différencie ces encres d’une énième page de textes ? Sans signatures, juste pour le plaisir ! ». Pour vous répondre, je dirai que les anonymes sont « faussement » anonymes.

Tout comme chez James & Cie – Les écarts, il existe un noyau dur d’encre un peu plus épaisse animant la page Facebook, d’où la présence du S : « Les Encres au pluriel car j’ai toujours voulu que mon initiative personnelle soit une occasion pour que d’autres anonymes se mettent à écrire ou m’envoient leurs textes. Certains amis m’ont rejoint et ont animé la page avec moi, ou des anonymes qui suivaient la page qui à un moment ou à un autre ont manifesté leurs envies de s’impliquer dans ce qui est devenu au fil des jours un collectif ».

Il existent donc deux types d’anonymes : les animateurs et les envoyeurs, ceux qui proposent des textes aux premiers. Parlons des animateurs au nombre de quatre qui publient sous pseudonymes. La première encre, l’incitatrice, est suivie par le rockeur anonyme croisé lors d’un concert de rock et présent depuis le début. Il partage de la musique sous forme de vidéo et des textes de chansons. Puis vint Mia JK, une artiste de Marseille qui alerta la première encre en lui envoya un texte à la volée. Touchée, elle lui proposa d’animer avec les autres. Enfin, Hapexia, un poète anonyme qui suit la page depuis longtemps : à l’origine auteur de chanson mais surtout poète. Tous et toutes ont un univers propres et « une façon radicalement différente d’écrire ».

A son propos, la première encre me confie : « Pour moi écrire c’est être libre, libre de son langage, libre de dire, je dis donc sans forme : mes poèmes sont difformes, je les appelle d’ailleurs mes « proèmes » car je ne me considère pas poète. Pour moi, en poésie, la forme n’est pas ce qui importe en premier. Cette page est donc libre et mes encres anonymes sont libres de publier ce qu’elles veulent tant que ça colle à une ligne éditorial que j’ai fixé préalablement, surtout pour « protéger » les plus jeunes qui suivent la page de contenus inappropriés. ».

Qu’en est-il des envoyeurs ? Tout comme vous et moi, se sont des curieux : des personnes suivants de près ou de loin Les encres anonymes. Lorsque vous envoyez un texte, les encres le reçoivent puis après correction les publient sous votre pseudonyme.

Au fond : qu’est-ce que nous dise Les encres anonymes ? Sans doute que l’écriture, sous toutes ses formes, a de belles heures à venir : qu’elle soit reconnue ou inconnue. Loin de moi l’affirmation « tout ceci est nouveau » car des revues et des projets littéraires ont concentré leurs efforts sur les amateurs ou professionnels anonymes via des tribunes. Toute la curiosité de cette initiative est de jouer sur la conception classique que l’on se fait de l’édition puisque d’un côté, les animateurs s’auto-éditent en dessinant les contours de leur monde et sensibilité et de l’autre, éditent les envoyeurs qui viennent renouveler l’écriture, les styles et les univers. Mais à mon sens, il ne s’agit que du premier sel des encres.

Tout l’intérêt de ce projet réside dans le travail de correspondance et sa dynamique de renouvellement : un savant mélange entre les écritures, les images et la musique offrant ainsi aux lecteurs un espace d’alliance entre la vue, l’ouïe et le toucher de nos claviers faisant défiler des mots que nous aurons du mal à oublier.

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