Le couchant

James l’affirmera jusqu’à sa fin : le soleil l’ennui profondément. Allons plus loin, l’astre est emmerdant. Franchement, quelle utilité ! Baigner d’une douce lueur celles et ceux qui ne savent pas apprécier la nuit ? Dorer la pilule aux quelques peaux ennuyées et trop blanchies ? Assommer par une clarté, associée au bonheur, les pauvres hères – dont je fais parti ? Pour sûre, vu comme cela, mieux vaut parler des nuits et s’attarder sur les étincelles qui tâchent les voiles noires de notre galaxie. James n’a rien de diurne et refuse une promenade sur les dunes. L’œil vers le ciel et grand ouvert, c’est avec les lumières artificielles qu’émerge son univers. Un simple banc. La fraicheur du soir sur son visage. Une ambiance feutrée d’où peut surgir n’importe qui, n’importe quoi. La surprise d’un éclat de lune perçant les nuages qui ressemblent à des oreiller invitant à rêvasser. Telle est la nuit : belle, froide ou chaude selon les circonstances, constante et inconstante, capricieuse ou docile, surprenante ou prévisible. Sur le canevas du ciel, armé d’un seul regard comme pinceau, voici que s’ouvre le théâtre des hommes et femmes prêtent à se rendre au jour qui – chieur comme il est – rallume l’ampoule des raisons oublier l’espace d’un instant. A la faveur de votre lune, James laisse dériver sa plume.

Petit règne

Puisqu’il faut de tout pour faire un monde, James s’attarde sur un lampadaire où se joue le bal du menu fretin des insectes. Attirés par la moindre lueur, la faune nocturne virevolte, se posent et se mélangent pour offrir une constellation de diversités et d’exceptions. Antennes, pattes, crochets, mandibules, dards, écailles, poils tous se mélangent avec rapidité et excès. L’œil globuleux d’une araignée fixe le vol gracieux d’un papillon de nuit, une pitance de plus capturée entre ses fils. La trompe agile d’un moustique se prépare à pénétrer puis envenimer une chair choisie. Le moucheron sans cerveau accourt bêtement pour suivre son essaim. Telles sont les petites vermines du soir, la beauté des nuisibles qui s’accumulent pour hanter les nuits de vrombissements aux oreilles fragiles et qui grattent les peaux sensibles. James regarde la danse mortelle au cœur des nuits chaudes qui, d’un revers de main, balaye toutes vies pour en faire renaitre le lendemain.

Lunatique

Elle arrive enfin. Difficile de la manquer et encore moins de l’admirer. Blanche et intouchable, une lune se reflète dans l’œil sombre de James. Dans les imperceptibles rayons, son influence se fait sentir. Comme une femme, muse ou amante, sa venue le transforme en être trépignant, impatient et heureux de la retrouver à ces heures plus ou moins fixent, un rituel, un rendez-vous éternel. C’est un rencard gagnant à l’exception de ces phases prévisibles dont la rondeur sera toujours plus appétissante que son croissant. Par pitié, ce soir, ne soit pas à demi ! Inonde un regard qui n’a d’œil que pour toi et qui s’ennuie de la régularité de ton cycle. Ton absence est mon désarroi. Une plume fertile s’assèche, vidée de l’encre de son imaginaire. James tend sa main vers le ciel pour la saisir du bout des doigts comme le serai une perle rare, un bijou lointain, une pilule à déglutir qui diffuse, inspire et soigne.

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