Orage

Nous sommes au temps des premiers froids. Une transition de saison où vont et viennent les vents et les bouffées de chaleur d’un soleil qui disparaît peu à peu derrière les nuages. L’astre brulant s’efface pour laisser place à la lune où notre scène nocturne prend place.

James, toujours en chemin sur des routes sinueuses, a sentit une première goutte tomber sur son nez. Levant les yeux au ciel, il était surpris car aucun nuage ne se profilé à l’horizon. Il n’aimait pas la pluie sauf lorsqu’il pouvait s’en abriter et regarder le monde se noyer, à travers les vitres d’un café où l’eau ruisselle puis déforme la réalité. Là où il se trouvait, il n’y avait pas d’abri ni d’échappatoire. Il était sans protection – sauf sa cape bien entendu. Deux gouttes. Ses cheveux se dressent, une tension lui parcours l’échine et son pas s’accélère comme un réflexe pour éviter l’éventuelle averse. Trois, quatre, cinq, six. « Plic, ploc » le regard au sol, l’eau s’éclate en petit cercle. On a beau regarder le ciel on ignore où chutera la prochaine gouttelette. Le rythme de l’eau devient de plus en plus régulier et la terre se transforme en un canevas humide, mou et légèrement trempé. Sa cape, non imperméable, s’alourdie doucement. Le tissu absorbe et donne ses premières sensations d’humidités. Soudain, un bruit… Quelque chose se prépare. Un son lourd et âpre. Un grondement. James ne s’y trompe pas, le signe d’un orage sans doute et le tonnerre – son signal de départ. Ce qui était vide se couvre peu à peu. Le ciel se charge de cette tension électrique virevoltant dans l’air. James craint ce décor et cette sensation de peur qui germe dans son corps. La peau se tend. Les muscles des jambes se crispent. Il se prépare à courir. Un autre bruit… Ca y est ! La chose est proche, le compte à rebours est lancé. Les couleurs du ciel se fondent entre elles pour donner naissance à la noirceur et le gris profond propre au déluge des éléments. Lourd est l’air tout comme la respiration du pauvre James qui, dans sa course, sent que l’univers va craquer sur sa tête. Une lumière blanche, fugace et rapide, traverse le ciel sombre tel un dragon colérique prêt à bondir de son nid. La peur s’installe, celle d’être noyé sous des flots qui nous dominent, celle qui nous échappe et que nous n’avons pas choisi, celle qui vous rendra malade si vous ne trouvez pas refuge pour vous en sortir.

Malheureusement, là où se trouve James, il n’y a aucun lieu. Aucun renfoncement. Pas même un trou à rat qui pourrait sauver sa faible carcasse. Enfin, sonne le glas. Un silence… Puis, tout à coup, le bruit assourdissant des litres d’eau qui déferlent et se mélangent au tonnerre. Cette ambiance unique où les éclairs frappent le sol puis tombent avec tant de fureur et d’aléatoire qu’il est difficile de penser qu’on en rechapera. Le monde est rué de coups sous la pression du ciel. Une haine qui éclate, disloque et morcelle tout ce qu’elle touche et James… seul… s’arrête. À quoi bon fuir ce qu’on ne peut éviter ? Sa cape et lourde. Son poids l’entraîne vers le sol. Il résiste mais difficilement. Il hésite à arrêter tout mouvement et rester là, comptant sur la chance pour ne pas être terrassé – espérant que cela passera.

Soudain, un frisson l’envahit. Relevant la tête, il distingue au loin une pointe de roche. Un endroit un peu surélevé. Ce n’est pas un abri mais un point d’observation. Lentement, il s’y rend, monte et s’assoit. Il se recroqueville sur lui même et tente de monopoliser le peu de chaleur interne qui lui reste. Plié et recourbé, il serre son corps et s’efforce de le ressentir. La pluie s’abat sur lui. Les éclairs l’entourent et à chaque grondement de tonnerre, il sursaute de peur d’être foudroyé. Il ne sait plus si il pleure ou si la pluie simule les larmes qui coulent le long de son visage. Il attend. Il se tait. Il s’oublie. Il s’arrête de respirer comme les enfants effrayés par des montres nocturnes qui viennent les terroriser dans leur lit. James se désespère et, en son fort intérieur, il réclame une chaleur, un feu humain ou non, qui deviendrait son phare à travers se mauvais temps mais la nature est cruelle… plus forte et indomptable. Implacable dans son jugement pour tout être sous l’orage.

Un peu plus loin de là où est James, il y a une grotte ou plutôt l’entrée d’un tunnel. À travers les rideaux de pluie, James distingue ses contours. Deux personnes se trouvent à l’entrée. Elles sont proches l’une de l’autre et se tiennent chaud. Elles s’enlacent et se rassurent. Peut être sont elles comme James, isolées au beau milieu du déluge. Une question se dessine : vivent-elles ici en subissant toujours ce temps ? Sont-elles de passage, comme James, en trouvant un bref refuge en attendant ? Une des deux personnes regarde l’extérieur avec tristesse, l’autre regarde celui qui regarde et songe à ses pensées. A quoi pense t’il/elle ? Est-ce que l’orage va cesser ? Est-ce encore un autre avant le prochain ? C’est mon dernier regard avant de partir dans le tunnel ? … James n’a pas de réponse. Il observe mais il est tenté de les rejoindre. Il voudrait leur parler, sortir d’un silence glacial pour se réchauffer. La personne, un peu plus enfoncée dans le tunnel, fait signe à l’autre de la rejoindre. Un regard s’échange puis elles partent. James décide d’y aller. Il arrive essoufflé à l’entrée du tunnel, il veut les interpeller et se prépare à parler mais… plus personne. Elles ont disparue.

James est perplexe. Qui étaient ces personnes ? Où sont-elles passées ? James scrute au loin. Il n’y a pas de lumière au bout du tunnel. Aucune indication lui permettant de comprendre si les personnes sont parties ensemble ou dans des directions séparées mais surtout, où se dirigent-elles ? Intrigué, James décide de poursuivre son chemin à travers ce tunnel… au loin peut être, se trouve la ville.

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