Pièce décomposée

Face à une malle, James – le petit peintre – cherchait désespérément le verrou. Auparavant, il savait crocheter pour mieux ouvrir son coffre mais aujourd’hui, cette compétence d’un autre temps s’était évanouie. Armé de son pinceau et de quelques crayons, il manipule les mécanismes pour trouver le bon angle, l’inclinaison parfaite qui révèlera la surprise. A force de triturer les sens, le verrou lâche pour exposer le contenu du récipient. Les uns après les autres, James sort les masques des comédies, tragédies, surprises et craintes de sa fragile existence. Quelle ne fut pas sa surprise de constater la commedia dell’arte qui a engendré ses multiples visages, ses faces et ses émotions. Chacun est un caractère avec son histoire. Comme pour le peintre dont le coup de pinceau exprime la sensibilité de son geste, les sourires, grimaces ou regards de cuir sont le fruit d’une émotion sculptée, figée par l’expérience des temps passés. James couche au sol les secrets de la malle pour reconstruire ce qui fut fragmenté.

Redémarrer

Au cœur de la machine, James se tient devant les écrous, rouages et les boulons d’un appareil usé. Une rouille épaisse a trouvé sa place sur un ancien métal dont l’âge exprime la complexité. De mémoire, il ne se souvient pas de la notice. Cependant, les niches réceptacles semblent accueillir des découvertes récentes. De retour vers ses masques, il essaye de les insérer pour reconstruire ce puzzle dont on ne sait jamais par quel bout commencer. Avec patience et minutie, les peaux de cuir se déforment pour s’intégrer à la machine. James ne brusque rien et prend soin d’articuler toutes les roues et crans de ce qu’il croit être une mécanique jadis huilée. Dans un écart, il observe son œuvre, son tableau des expressions qui n’attendent qu’une étincelle pour s’activer. C’est alors qu’il se souvient d’une précaution. Sans indications, ni notices, comment être sur d’un bon ordre établi ? Comment ne pas craindre une réactivation ? Malheureusement face au doute il n’existe qu’un bouton de marche sans arrêt…

Mutisme hurlant

Tandis qu’une machine reprend vie, la beauté ou la tristesse d’émotions claires subissent la difformité. La violence du métal s’associe à la chair dans une lutte de tous les instants où ce qui était malléable se rigidifie. Face à l’enfer du crissement des rouages réactifs, les huiles brulantes transforment les sourires en lèvres souffrantes et les pleurs en plusieurs hurlements d’une rage vers l’infini. La cacophonie des sons devient l’essence d’une chaleur interne qui, sous l’épiderme, ébouillante des regards qui se morcellent. Fendus et divisés, face à des réels où le mensonge se tord contre la vérité, les yeux deviennent les abysses insondables où se cloisonne l’humanité. Les arrêtes sèchent des crans métalliques déchirent l’expression d’un théâtre où les arlequins dansants désirent les colombines. Faites place à la fureur des chaines qui ont empoissonnées les amants chez Shakespeare ! James observe le feu qui dévore les visages qui savaient parler mais, aujourd’hui, calcinés et faits de cendres : ils sont muets.

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